Poursuivre le jeu : le parcours d’un jeune Sénégalais au centre d’accueil Ukrainian Voices RC

 

Poursuivre le jeu : le parcours d’un jeune Sénégalais au centre d’accueil Ukrainian Voices RC

« Serait-il possible de reporter l’entretien ? Abdoulaziz Sall a un rendez-vous à cette heure-là… », me demande la coordinatrice du centre. Elle fait référence à l’un des résidents arrivé à Bruxelles il y a tout juste quelques mois. Pour lui, ces entrevues sont actuellement une priorité absolue : démarches administratives, procédures de régularisation, rendez-vous officiels.

Sall loge dans l’un des centres gérés par l’asbl Ukrainian Voices RC, où il bâtit son avenir pierre après pierre. Nous parvenons à échanger quelques mots lors d’une courte parenthèse entre deux rendez-vous. Avant de gagner la Belgique, ce jeune homme avenant vivait au Sénégal, y poursuivait des études supérieures et évoluait en tant que footballeur professionnel.

« Le football a toujours occupé une place prépondérante dans ma vie. C’est ma passion ! Au pays, je jouais en deuxième division avec Renaissance Dakar. Désormais, j’ai intégré un club belge en division P2, celui de Beauvechain. Je les ai rejoints récemment, pour la seconde moitié de la saison. Mais je suis convaincu que je disputerai bientôt tous les matches retour. Je crois fermement en mes chances d’intégrer un club professionnel. Certes, je n’en suis qu’aux prémices de mon parcours ; c’est une division amateur, mais sur le terrain, je suis performant et j’enchaîne les buts. D’autres clubs pourraient me remarquer — pourquoi pas ? — et m’offrir un contrat professionnel en première ou deuxième division. »

Les premières semaines ont été éprouvantes pour Sall, à l’instar de toute personne s’expatriant vers un pays inconnu. Tout avait basculé : le paysage culturel, le climat, le quotidien. En lieu et place de ses parents et de sa fratrie, il se retrouvait désormais entouré de colocataires.

Aujourd’hui, le centre représente bien plus qu’un simple hébergement. C’est un havre de stabilité durant sa procédure de régularisation — un espace lui permettant de se focaliser sur ses projets futurs. Il y bénéficie d’un accompagnement administratif et de toutes les conditions de vie essentielles.

« Avant de venir en Belgique, mon existence était semée d’embûches. J’ai dû faire face à de multiples difficultés. C’est ce qui m’a poussé à quitter le Sénégal : la quête de stabilité et de sécurité. Ce fut un choix cornélien, mais je suis persuadé que c’était la décision idoine pour moi. Je réside au centre d’accueil Ukrainian Voices RC car j’ai sollicité une protection. Ma présence ici est inhérente à la procédure que je poursuis. Certes, je possède déjà des bases en français — je parviens à m’exprimer — mais au centre, on m’épaule énormément, tout particulièrement pour les questions administratives. »

Sall maintient un lien quotidien avec les siens au Sénégal. Sa mère est généralement la première à lui écrire, soucieuse de s’assurer de son bien-être.

« Je discute avec mon père, ma mère, mes jeunes frères et sœurs. Ma mère m’envoie souvent des messages. Je lui raconte tout. Et même quand la situation est parfois complexe ici, je lui assure que tout va bien. Pour la rassurer. »

Chaque nuit, près de 500 personnes trouvent refuge dans les infrastructures de Ukrainian Voices à Bruxelles. Derrière ce chiffre se cachent des centaines de trajectoires de vie — des individus aux parcours professionnels et éducatifs variés, porteurs de rêves et chargés d’histoire familiale. Pourtant, un trait d’union les rassemble : la rudesse de leur situation actuelle et une aspiration profonde à la stabilité.